Les gens ont tendance à préférer des solutions simples, y compris pour des problèmes complexes. Lorsqu’ils prennent des décisions, ils s’appuient souvent sur un cadre intuitif plutôt que sur des analyses bien pensées et calculées des alternatives disponibles. Lorsqu’il s’agit de décisions environnementales, ce cadre intuitif s’appelle “folklore environnemental”. Cependant, compter uniquement sur l’intuition peut nous jouer un tour si nous voulons vraiment prendre la bonne décision pour contribuer à réduire les effets néfastes de nos actions sur l’environnement naturel. Nous décrivons brièvement comment cela fonctionne.

Le folklore environnemental nous trouble?

Lorsque des personnes doivent faire des choix complexes, elles prennent rapidement recours à des solutions simples. C’est ce que nous voulons entendre : faites ceci ou ne faites pas cela, et tout ira bien. Cela nous donnait déjà confort quand on était enfant. Si la solution est trop complexe, nous soupirons et nous voyons toutes sortes de raisons pour lesquelles cela ne fonctionnera pas, pour ensuite retomber en désespoir.

Plutôt que d’investir beaucoup de temps et d’énergie dans l’étude approfondie d’un problème complexe et des alternatives disponibles, nous nous appuyons sur une sorte de cadre intuitif. C’est cette petite voix dans votre tête qui vous dit que vous avez fait du bien. Appliqué à des problèmes environnementaux complexes, il en résulte une folklore environnementale. Ce cadre intuitif est basé sur des expériences, sur ce que nous avons entendu, sur de la connaissance fragmentaire, sur ce que nous croyons ou voulons croire être correct, etc. Il n’est généralement pas vraiment épaulé scientifiquement.

Être conscient du folklore environnemental est important, car nous voulons tous faire du bien à l’environnement, n’est-ce pas? Alors comment savoir si nos actions, en tant qu’individus, en tant que communauté, contribuent réellement à réduire les effets néfastes sur l’environnement naturel? Si nous voulons vraiment plus de durabilité, nous devrons trouver de meilleures moyens de gérer la complexité.

Analyse du cycle de vie (ACV)

La science essaie de nous accommoder avec des analyses de cycle de vie. Ils examinent l’impact environnemental d’un produit aux différentes étapes, de l’extraction de la matière première à la production, la distribution, l’utilisation jusqu’à la fin de vie. Chaque étape a un impact sur l’environnement, que l’on essaie de cartographier au mieux. Cela fournit des informations fascinantes et invalide certains mythes tenaces.

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Un exemple: la bouilloire électrique. Les fabricants lancent des modèles très efficaces qui font bouillir l’eau avec (relativement) peu d’énergie. Mais que montre une étude britannique? 65% des Britanniques remplissent la bouilloire entière pour avoir une seule tasse de thé. Donc, beaucoup d’eau est constamment bouillie inutilement. Selon les calculs, une journée d’utilisation inutile d’énergie par toutes les bouilloires en Angleterre est suffisante pour maintenir tout l’éclairage public pendant une nuit. Pourtant, tous ceux qui ont acheté une bouilloire très efficace pensaient avoir fait du bon pour l’environnement.

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Autre exemple: le concombre avec une “veste”. La grande majorité des gens est du même avis: le film plastique autour d’un concombre est l’archétype d’un emballage totalement inutile. Écologiquement désastreux! Vraiment? Un concombre est constitué d’au moins 95% d’eau et a tendance à perdre cette eau rapidement. Cela rend le concombre mou et sa texture un peu caoutchouteuse. Personne n’achète un concombre mou. Ils sont jetés avec les déchets par le supermarché. Même à la maison, la moitié du concombre dans le réfrigérateur est jeté quand il est devenu mou. C’est un énorme gaspillage de nourriture. En outre, on doit non seulement examiner l’impact environnemental directe de ces déchets, mais également se rendre compte que tous les impacts environnementaux des étapes précédentes qui se sont révélés totalement inutiles. Vu sous cet angle, le film entourant un concombre est une solution écologique fantastique: la “durée de vie” d’un concombre est prolongée de 2 semaines. Donc moins de déchets alimentaires.

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Un dernier exemple: les sacs en plastique ou en papier. Aujourd’hui, tout le monde dit: «Débarrassez-vous du plastique! Le papier est meilleur pour l’environnement! Ou mieux encore: du coton réutilisable! » Toutefois, selon les ACV’s : le papier et le coton sont plus nocifs pour l’environnement. Pour le papier, référence est faite à la consommation élevée d’eau et d’énergie lors de la production et au fort impact de la logistique. Cela résulte du fait que l’on doit fabriquer un sac en papier 4 à 10 fois plus lourd pour avoir la même fonctionnalité d’un sac en plastique. Pour le coton, il est souligné que la culture nécessite une consommation d’eau élevée (jusqu’à 11 000 litres pour 1 kg de coton), tout comme une utilisation importante de pesticides (jusqu’à 25% de la production mondiale de pesticides est destinée à la culture du coton). De plus, les produits en coton sont généralement fabriqués dans des ateliers de misère où les conditions de travail sont très mauvaises et parfois même on fait travailler des enfants. Le prof Kim Ragaert de l’université de Gand le met ainsi: pour avoir le même impact environnemental qu’un sac en plastique à usage unique, un sac en papier 100% recyclé doit être réutilisé au moins 4 fois et un sac en coton au moins 173 fois! Regardez sa présentation sur le TED, ici.

“Quand on est dans un embouteillage parce que quelqu’un a garé sa voiture au milieu de la route, est-ce qu’on va s’énerver contre la voiture ou contre l’idiot qui met sa voiture là ?” Professor Kim Ragaert

Le problème du plastique dans la litière n’est d’ailleurs pas un problème du matériau, mais bien d’un comportement humain inapproprié. Comme le dit le professeur Kim Ragaert elle-même: “Quand on est dans un embouteillage parce que quelqu’un a garé sa voiture au milieu de la route, va-t-on se mettre en colère contre la voiture ou contre l’idiot qui met sa voiture là? Il faut y réfléchir, n’est-ce pas?

Une solution complexe

Donc, est-il suffisant de regarder une ACV pour voir la lumière? Hmm. Cette technique est certainement plus objective et plus étayée que le simple instinct. Mais dans une certaine mesure, même l’ACV reste une simplification d’un problème complexe. La technique regorge d’hypothèses et de généralisations parfois très éloignées de la réalité. Et les calculs sont effectués sur la base de métadonnées généralisées qui ne reflètent pas toujours la situation spécifique.

Le message est le suivant: une ACV vaut mieux que le folklore environnemental, mais conservez également un regard critique sur l’ACV. Les questions à poser sont les suivantes: l’ACV couvre-t-elle réellement toutes les étapes du cycle de vie? Les hypothèses sur ce qui se passe à chaque étape sont-elles réalistes et complètes? Quelles données ont été utilisées dans les calculs et dans quelle mesure sont-elles représentatives? Et surtout, qui a préparé l’ACV? De nombreuses ACV sont établies pour le besoin de la cause.

Désolé, il n’y a pas de réponse simple aux problèmes environnementaux complexes auxquels nous sommes confrontés. Mais il faut certainement s’efforcer de s’éloigner du folklore environnemental évident et de regarder plus loin que le bout du nez. Bonne chance!